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Lettre du LaMOP - N°18- Mai - Juin 2017

FOCUS

Pouvoir des liens sociaux dans la construction des communautés urbaines du Bas Moyen Âge

par Carolina OBRADORS SUAZO*

 

Je m’intéresse au pouvoir des liens sociaux dans la construction des communautés urbaines du Bas Moyen Âge. Ma thèse de doctorat Immigration and Integration in a Mediterranean City. The Making of the Citizen in Fifteenth-Century Barcelona (Institut Universitaire Européen de Florence, 2015), analyse les normes et pratiques qui faisaient le citoyen dans la ville catalane, en découvrant les liens qui existaient entre elles et leur influence dans les diverses expériences d’identification qui contribuaient à la construction du corps urbain.
Partant du cas richement documenté de Barcelone au début du XVe siècle, pour lequel on compte avec une collection unique d’interrogatoires et registres de citoyenneté (les Informacions de la Ciutadania), j’ai identifié et analysé les négociations institutionnelles et sociales qui déterminaient la création du citoyen, à travers la micro-analyse et le jeu d’échelles comme choix de méthode. Cela m’a permis de montrer comment les processus normatifs ne faisaient que confirmer l’appartenance des barcelonais, qui se tissait fondamentalement au sein des réseaux de solidarité urbains, de famille, professionnels ou de voisinage. Ainsi, mes recherches ont démontré à quel point la réputation et la performance individuelle étaient à la base de la citoyenneté barcelonaise, tout en espérant de motiver des approches plus amples et complexes sur les significations de la citoyenneté en Europe Occidentale à la fin du Moyen Âge.
À partir de ces premiers travaux, j’entends maintenant continuer sur ces mêmes lignes de recherche en analysant plus en détail l’action sociale de la famille urbaine. Mon nouveau projet Parenté et Citoyenneté dans la Méditerranée du Bas Moyen Âge. Une proposition méthodologique : Barcelone et les familles Sarrovira propose une étude des relations entre famille et urbanité afin de réfléchir sur les usages de la famille urbaine prémoderne. En tant que créateurs de citoyens, les réseaux de famille deviendront dans cette recherche un outil méthodologique à partir duquel étudier l’évolution du modèle barcelonais de citoyenneté, en interrogeant comment l’appartenance urbaine s’adapta aux circonstances critiques de la deuxième moitié du siècle, une période, en Europe, Catalogne et dans les rues mêmes de Barcelone, de factions, guerres civiles et loyautés affrontées.

* Lauréate de la bourse du LaMOP ; fiche Opens external link in new windowAcademia.edu


Lettre du LaMOP - N°17 - Mars - Avril 2017

FOCUS

Entre experts militaires et marchands d'armes : les fabricants d'arbalètes et d'arquebuses dans les villes du Saint-Empire, XVe-XVIe siècles

par Jean-Dominique DELLE LUCHE *

 

Ce projet postdoctoral, accueilli par le LaMOP et soutenu par le LabEx HASTEC, s'inscrit dans la continuité d'une thèse consacrée aux sociétés de tir ainsi qu'à un millier de concours organisés dans le Sud du Saint-Empire aux XVe et XVIe siècles. Une prosopographie de ce milieu sportif a fait apparaître la surreprésentation des fabricants d'arbalètes alors que cette arme est obsolète militairement dès 1500. La question de la survie d'un métier typiquement médiéval, du statut d'expert militaire stipendié par la puissance publique à celui d'artisan anachronique est une première piste de recherches. Comme pour la thèse, ce projet est fondé sur l'analyse et la comparaison de fonds documentaires de plusieurs villes d'Allemagne centrale ou méridionale, dépassant la rupture de périodisation classique entre Moyen Âge et époque moderne. Malgré une documentation réduite et extrêmement dispersée (actes, registres de bourgeoisie, comptabilités, protocoles du conseil, contrats, chartes), il est néanmoins possible de retracer un destin commun et des stratégies de survie d'une population de quelques centaines d'individus tout au plus ainsi que certains parcours individuels comme familiaux. Cette survie passe par un engagement actif dans la politique sportive à travers les sociétés de tir, par des reconversions professionnelles pour les maîtres ou des réorientations pour les enfants et apprentis, singulièrement dans l'emmanchage d'arquebuse (Büchsenschiften) et la gravure. Se pose ainsi la question de la compétence artisanale, puisqu'ils entrent en conflit avec d'autres spécialistes et s'improvisent récoltants de salpêtre ou encore fabricants de poudre - profession d'utilité « militaire » et publique, mais loin de leur savoir-faire.
En parallèle se pose la question de l'émergence du métier de fabricant d'armes à feu portatives, produit indispensable de la révolution militaire. Il s'agit d'analyser comment, dans un premier temps, l'arquebusier se différencie du fondeur et servant de canon au cours du XVe siècle, puis d'examiner son évolution comme métier organisé en corporation, ou au contraire en métiers strictement étanches (forge, serrurerie, bois) pour les différentes phases d'assemblage de l'arme. Des fonds documentaires montrent des débats simultanés, donnant lieu à des consultations entre centres de production à l'occasion d'une innovation technique (le canon rayé) ou de décisions portant sur le compagnonnage ou le chef d'œuvre. Dans les actes et règlements apparaissent des indications sur le nombre de maîtres et d'apprentis vivant simultanément dans la même ville, mais aussi sur les conflits autour du droit de commercialisation des armes, ainsi que sur la concurrence avec d'autres centres de production. Si Nuremberg et Suhl en Thuringe produisent de nombreux canons d'arquebuse, l'assemblage des armes reste une industrie locale, et les arquebusiers d'Augsbourg, comme de Munich revendiquent une supériorité des produits portant leur marque. Le travail met en valeur des centres secondaires comme Esslingen ou Rothenbourg ob der Tauber, dont les marchands se font concurrence dans le duché de Wurtemberg. Il examine également les filières de distribution et les rapports entre ces villes et leurs clients - paysans, bourgeois ou princes. Outre les grandes livraisons en temps de guerre, le travail met en avant des livraisons individuelles, pour le tir sportif, l'armement des milices, la chasse ou le braconnage. La volonté de s'affranchir de ces grands centres explique les tentatives, souvent avortées, de fabriques d'armes territoriales aux XVIIe et XVIIIe siècles. En effet, tout au long de ces siècles, les autorités cherchent à maintenir, sur son propre territoire, des experts afin de garantir une certaine autonomie, alors même que les armes à feu, et leurs munitions, amplifient des mécanismes de dépendance économique et matérielle.

* Post-doc du Labex HASTEC; fiche Academia.edu


Lettre du LaMOP - N°16 - Janvier - Février 2017

FOCUS

Le projet COL&MON

par Davide GHERDEVICH *

 

Issu de la convergence de deux programmes de recherche qui s’occupent chacun d’institutions religieuses collectives (la base Collégiales et la base Monastères), le projet COL&MON est fondé sur la collaboration de plusieurs partenaires : l’UniLim, l’UJM/LEM, le LaMOP et l’EVS. Il a pour objectif de constituer et d’analyser le corpus numérique des monastères et des collégiales dans l’espace français, entre 816 et 1563, afin de comprendre les ressorts de l’implantation et de l’évolution de ce réseau d’établissements qui sont des éléments majeurs de la géographie ecclésiastique médiévale. Le projet vise à réaliser une nouvelle solution logicielle de cartographie historique qui permettra de jeter un autre éclairage sur les raisons et les modalités de l’implantation de ce réseau, de son expansion dans l’espace, de ses multiples transformations et de la disparition d’une partie de ses membres. Sans négliger l’analyse locale, notamment dans les espaces urbains, le projet cherche à privilégier les analyses historiques à petite, voire toute petite, échelle (régions, diocèses, provinces ecclésiastiques, royaume). C’est dans ce contexte que se développe mon travail postdoctoral d‘une durée d’un an dans laquelle je me suis proposé de travailler sur les limites des diocèses en France avant 1317 - c’est-à-dire pour une période durant laquelle l’espace des diocèses est mal connu – afin de proposer une restitution de l’emprise de ces espaces diocésains entre IXe et XIVe siècle. Étant donné le temps imparti assez limité et donc l’impossibilité de réaliser ce travail sur tout le territoire national, on a décidé de traiter en priorité les espaces qui étaient privilégiés dans le projet COL&MON et qui étaient déjà bien documentés dans les bases de données sur les collégiales et sur les monastères. Les diocèses choisis appartiennent à la région Bourgogne et au Limousin. Pour essayer de réaliser la restitution de leurs limites, j’ai travaillé en utilisant les sources historiques les plus classiques comme les pouillés ou les gesta des évêques, tout en exploitant les potentialités offertes par les logiciels des systèmes d’informations géographiques (SIG). Pour les périodes plus anciennes, tracer avec précision les limites des diocèses est méthodologiquement délicat. Pour résoudre ce problème, au moyen du SIG, j’ai choisi de créer des zones tampon de façon automatisée, à l’intérieur desquelles se situent avec la plus grande probabilité les limites des diocèses ; ensuite, on a comparé ces zones avec les limites obtenues avec la méthode du polygone de Thiessen et les limites des communes. Tous les résultats obtenus pour la Bourgogne seront confrontés aux spécialistes de la région et aux problématiques du projet sur les établissements religieux. A la fin de trois années, toutes les données produites à l’occasion de ce travail devraient être intégrées dans un nouveau Système d’Information Géographique, afin de les agréger à d’autres données spatiales disponibles (OpenStreetMap, IGN, les limites des diocèses créées par T. Areal) ainsi que celles en cours de collecte des projets de recherche (comme TOPAMA de T. Lienhard ou CORELPA). Entre autres, une application d’analyse de données spatio-temporelles spécifique sera développée et mise en ligne et mettra à disposition des chercheurs des outils qui leur permettront d’accéder eux-mêmes à l’analyse de données. Bien que la plupart des historiens aient connaissance des outils cartographiques et d’analyse de données, leur adoption dans leur pratique de la recherche est encore loin d’être très répandue. Cette application, en mettant à disposition des outils génériques et bien documentés, peut être un point d’entrée dans l’analyse de données spatiales et temporelles pour toute une communauté de chercheurs.

* Postdoctorant au LaMOP

Coordinatrices du projet : Anne Massoni (Maître de conférences HDR en Histoire médiévale – Université de Limoges) et Noëlle Deflou-Leca (Maître de conférences en histoire du Moyen Âge, Université Grenoble-Alpes, membre statutaire du LEM) ; responsable pour le LaMOP : Thierry Kouamé (Maître de conférences HDR en Histoire médiévale – Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne) ; responsable pour l’EVS : Thierry Joliveau.

Pour en savoir plus : https://colemon.huma-num.fr/


Lettre du LaMOP - N°15 - Novembre-Décembre 2016

FOCUS

Le logiciel « ClioXML »

par Stéphane LAMASSÉ *

 

ClioXML est un logiciel qui permet d'interroger des fichiers écrits avec du XML (extended markup langage). Ce langage permet d'ajouter à un texte un ensemble de metadonnées caractérisant les différents éléments d'un document. Dans le projet Studium Parisiense, par exemple, chaque élément de la description d'un individu (date de naissance, bénéfices, grades universitaires, etc..), est caractérisé par des métadonnées qui sont bien présentes dans le fichier mais ne sont pas visibles lorsqu'elles sont affichées par un navigateur internet. Il est souvent utilisé dans le cadre d'éditions numériques, de catalogues, ou de base de données. HumaNum abrite d'ailleurs un certain nombre de fichiers de ce type.
Or nous n'avions pas jusqu'aujourd'hui de moyens simples et rapides d'interroger et de manipuler ces fichiers. ClioXML vise à répondre à ce manque, son objectif est de permettre à un chercheur ou un étudiant de manipuler les données de ses fichiers le mieux possible. Il doit pouvoir faire des comptages, croiser les éléments, construire ses tableaux, utiliser des filtres, des requêtes, recoder ses données et ses metadonnées par simple déplacement des éléments. Ce qui devrait lui permettre d'améliorer ses propres fichiers assez rapidement. De plus, ce logiciel peut aussi fonctionner de manière collaborative, puisqu'il peut s'articuler avec tout projet en ligne et devenir ainsi une interface d'interrogation d'un site produit en XML, tous les recodages de données, les requêtes, les tableaux peuvent être exportés et échangés entre chercheurs d'un même projet si ils le souhaitent. Enfin, c'est un outil pédagogique, puisque toutes les actions produites graphiquement par les utilisateurs peuvent être vues sous leur forme XML et ainsi utilisées pour comprendre ce qui est produit par la machine.
Le logiciel essaie d'atteindre au mieux ces objectifs tout en restant générique, c'est-à-dire qu'il doit pouvoir s'adapter à un maximum de structures de données en sortie. Ainsi il doit favoriser l'exportation des données vers les formats les plus usuels d'échanges (csv, excel, TXM, Lexico3, Iramuteq), soit dans une perspective d'analyse classique des données ou d'analyse sémantique, ou bien simplement pour consulter les fiches. Dans son état de développement la taille des fichiers XML qui peuvent être introduits est limité (env. 20MB), nous espérons lever cette limite le plus rapidement possible.
Le développement actuel a été financé avec l'aide du LaMOP au travers le projet Studium Parisiense, de l'equipex Matrice et du master pro Mimo. Il est téléchargeable à cette adresse .

* Maître de conférences en Histoire médiévale

Le PIREH propose des formations à cette technologie XML (cours dispensé  par Alain DALLO).


Lettre du LaMOP - N°14 - Septembre-Octobre 2016

FOCUS

Robert Estienne et la censure - nouvelles perspectives sur un réseau d'imprimeurs français au début de l'époque moderne (c. 1520-1550)

par Franz-Julius MORCHE *

 

Mon projet de recherche consiste à démontrer que la censure constitue un vecteur crucial de la genèse de l'état moderne en France et cela à travers une étude de cas: celle des rapports conflictuels existants entre « l'imprimeur du roi » Robert Estienne et la censure universitaire Parisienne.
La biographie de Robert Estienne est bien connue à l'inverse de son environnement familial et professionnel (les imprimeurs parisiens et les « bourgeois de Paris ») et de ses liens avec les institutions royales et universitaires (en particulier le Conseil Privé et la faculté de Théologie de Paris). Je me propose d'éclairer ces liens complexes qu'entretiennent Robert Estienne et ces différentes institutions, difficultés qui culminent avec l'interdiction de son édition critique du Nouveau Testament, suivie de son exil à Genève et de sa conversion au Calvinisme. Quels furent les contacts principaux de Robert Estienne à la Cour avant et après la mort de François 1er ? Dans quelle mesure leur soutien a-t'-il favorisé sa renommée comme imprimeur et savant? Qu'est-ce qui explique l'acharnement des universitaires parisiens envers Robert Estienne, malgré les soutiens dont ce dernier a pu bénéficier de la part de nombreux prélats? Pourquoi le Parlement de Paris s'est-il rangé du côté de la faculté de théologie? Pourquoi enfin le départ de Robert Estienne de Paris n'a-t-il pas porté préjudice à ses proches à la Cour et parmi les imprimeurs parisiens ?
Mes recherches portent en particulier sur les liens existants entre les sources institutionnelles et juridiques bien connues (les actes du règne de François 1er, les actes universitaires, les protocoles du conseil privé...) et les pièces familiales et les actes des notaires concernant Robert Estienne. Cette confrontation révèle que les institutions médiévales du contrôle de l'écrit furent incapables de répondre aux défis posés par l'apparition de l'imprimerie et par la plus grande facilité des échanges intellectuels qui en a résulté. L'inefficacité de la collaboration entre la Cour, le Parlement de Paris et la Sorbonne a permis aux imprimeurs influents comme Robert Estienne de contourner le contrôle de la faculté de Théologie sur la délivrance de «l'imprimatur» des ouvrages tout en conservant des liens avec chacune de ces institutions précitées et donc en créant ses propres réseaux. Ces mêmes réseaux ont permis à Robert Estienne de garder une certaine influence sur le discours théologique en France après son départ pour Genève. Cet antagonisme entre les institutions et les réseaux personnels explique également le développement qui a mené à la genèse d'une censure préalable et centralisée en France, et ce jusque dans la création de la librairie royale.

 

* Chercheur de l'université de Leyde, accueilli au LaMOP (juin-septembre 2016)


Lettre du LaMOP - N°13 - Mai - Juin 2016

FOCUS

Le fonds Marc Bloch de la bibliothèque Halphen

par Dominique BERNARDON et Willy MORICE *

 

En 1963, l'Université de Paris a fait l'acquisition, auprès de Jean-Paul Bloch, de sa part de la bibliothèque de son père, Marc Bloch. Les livres furent attribués, à la demande d'Édouard Perroy, à la bibliothèque Halphen alors en cours de constitution. En 2005, le LaMOP s'est intéressé à ce fonds. La bibliothécaire a identifié et inventorié environ 810 titres (ouvrages et tirés à part) constituant le « fonds Marc Bloch », consultable en accès restreint sur demande auprès de Dominique Bernardon, responsable de la bibliothèque Halphen (Opens window for sending emailDominique.Bernardon@univ-paris1.fr). Ce fonds a déjà fait l'objet d'une journée d'étude intitulée « Marc Bloch, un historien et ses livres », qui s'est tenue en avril 2007 et une base de données est en cours de constitution. Au-delà de sa valeur patrimoniale indéniable, le « fonds Marc Bloch » reste à étudier et à mieux connaître : il constitue en effet un objet d'étude historique et historiographique. Il permet de s'interroger sur le processus de constitution de la bibliothèque d'un des historiens médiévistes les plus prestigieux du vingtième siècle: quels ouvrages Marc Bloch a-t-il acheté et lesquels lui ont été offerts ? On peut aussi réfléchir sur sa méthode de travail à travers les annotations recensées dans les différents ouvrages ainsi que sur l'aspect « matériel » de ces différents livres. Autant de pistes de recherche à même d'intéresser tant les étudiants que les chercheurs confirmés.

 

* Respectivement, Responsable de la Bibliothèque Halphen et Ingénieur d'études chargé de la communication au LaMOP


Lettre du LaMOP - N°12 - Mars - Avril 2016

FOCUS

Le départ à la retraite de Robert Jacob

par Claude GAUVARD *

 

Robert Jacob, directeur de recherche au CNRS et membre du LaMOP, prend sa retraite. C'est l'occasion pour nous de le remercier et de saluer la place qu'il a tenue dans les programmes de recherche de l'axe « Communication et Lien social » et dans le séminaire qu'il a co-dirigé avec Claude Gauvard jusqu'en 2009, puis prolongé jusqu'en 2012. Connu pour sa grande connaissance des archives du Parlement civil et par ses travaux de droit privé sur l'histoire de la famille (Les époux, le seigneur et la cité. Coutumes et pratiques matrimoniales des bourgeois et paysans de France du Nord au Moyen Âge, Bruxelles, Facultés universitaires Saint-Louis, 1990), puis par ses recherches sur les représentations des pratiques judiciaires (Images de la Justice. Essai sur l'iconographie judiciaire du Moyen Âge à l'âge classique, Paris, Le Léopard d'or, 1994 ; Le juge et le jugement dans les traditions juridiques européennes, dir. Robert Jacob, Paris, LGDJ, 1996), il est très naturellement devenu, au sein du LaMOP, le spécialiste de la justice médiévale et de l'anthropologie comparée. Initiateur et fédérateur de nouvelles approches, il a permis de concevoir le phénomène judiciaire sous tous ses aspects, entre théorie et pratique, entre étude précise du vocabulaire et vision diachronique et comparative des évolutions. Il a aussi transmis ses méthodes et ses idées avec générosité aux jeunes générations d'historiens au fil de nombreux échanges, lors des séminaires et des longues conversations qui ont suivi, ou lors de rencontres spécifiques où il a joué un rôle majeur (Les rites de la justice. Gestes et rituels judiciaires au Moyen Âge occidental, Paris, Le Léopard d'or, 2000, dir. Claude Gauvard et Robert Jacob ; Haro ! Noël ! Oyé ! Pratiques du cri au Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, dir. Didier Lett et Nicolas Offenstadt). On peut, fort heureusement, retrouver de nombreuses pistes ouvertes par Robert Jacob dans son livre récent La grâce des juges. L'institution judiciaire et le sacré en Occident (Paris, Presses universitaires de France, 2014), prélude à d'autres synthèses dont sa retraite nous le lui souhaitons pourra favoriser la rédaction.

 

Professeur émérite au LaMOP


Lettre du LaMOP - N°11 - Janvier - Février 2016

FOCUS

[Présentation de mes recherches]

par Éléonore ANDRIEU *

 

Maître de Conférences en Langues et Littératures médiévales à l'Université Bordeaux Montaigne depuis 2005, je mène actuellement des recherches sur les rapports entre l'émergence des premiers textes en langue d'oïl (chansons de geste, romans, etc.) aux XIe et XIIe siècles, et le contexte dit grégorien de cette émergence. Depuis ma thèse sur l'écriture de l'histoire des rois à l'abbaye de Saint-Denis au XIIe siècle (soutenue à Toulouse en 2004 sous la direction de Michel Banniard), j'ai réalisé selon cet axe de recherche plusieurs enquêtes (une vingtaine d'articles), dont beaucoup m'ont amené à collaborer avec certains groupes de recherche et/ou projets du LaMOP (Projet ANR POLIMA sur le pouvoir des listes au Moyen Âge, séminaire d'histoire économique, programme Transiger, écoles économiques d'été). Ma démarche implique en effet de considérer l'émergence littéraire de l'ancien français comme un véritable événement historique ne présentant aucun caractère d'évidence. Je questionne en particulier la construction d'une valeur idéologique nouvelle : celle du personnage du grand laïc en chevalier, qui ne va pas de soi lorsqu'on examine quelles sont ses composantes dans ce corpus et ce contexte (éloge de la violence, de la hiérarchie, décléricalisation des liens au spirituel, etc.). Pourquoi une telle émergence des histoires épiques et romanesques, puis des manuscrits qui les colportent, seulement à la fin du XIe siècle, alors même que l'on peut dater du VIIIe siècle la naissance de la langue d'oïl et du IXe siècle celle de la langue d'oc ? La réponse n'est sans nul doute pas univoque et simple, mais il reste que ce moment de révolution sociolinguistique et topique peut s'analyser en décrivant les rapports dialectiques qu'entretient la nouvelle langue littéraire avec le discours ecclésiastique de la période, au sens large. Les dossiers dépouillés montrent une véritable coïncidence chronologique et thématique, comme l'a pressenti Benoît Cursente pour la zone aquitaine : les nouveaux textes se saisissent des mêmes thèmes et des mêmes formes d'écriture que le corpus ecclésiastique (depuis la mise en liste et toutes les formes d'écritures pragmatiques en voie de renouvellement jusqu'aux thèmes de la guerre, de la transaction, de la parole.). De plus, ils semblent répondre à certains discours ecclésiastiques sur le grand laïc : sur le portrait du chevalier en rhinocéros, et plus largement sur le rôle guerrier du grand laïc et sur les mots pour le dire ; sur la manière dont on doit circonscrire ses « exactions » et ses « mauvaises coutumes » ; sur la manière dont on écrit l'histoire des rois et des grands à Saint-Denis (et l'histoire des manuscrits dionysiens concernant ce thème rend compte de choix tout à fait éclairants et étonnants par rapport au reste du Nord de l'Europe : on peut y confronter les manuscrits « littéraires » produits en territoire d'oïl avec profit) ; sur la manière dont on doit écrire la possession et/ou la fondation d'un castrum et son histoire dans une lignée (les textes littéraires en ce cas gagnent à être comparés aux documents non littéraires, tout particulièrement aux différents cas de composition de cartulaires, aux forgeries de chartes ; etc.). De ces réponses, diverses, j'ai déduit après d'autres chercheurs que l'on pouvait étudier la plupart des textes dits littéraires (mais pas tous !) comme un discours proprement laïc en profonde transformation. De telles perspectives impliquent donc une collaboration étroite avec les problématiques, les données et documents privilégiés de l'histoire sociale, de l'histoire économique et de l'histoire culturelle, si l'on veut parvenir à décrypter convenablement, sans dépecer les textes dits « littéraires » et en tenant compte de leur langue et de leur histoire, des figures de laïcs et des propositions qui, pour être « littéraires », n'en sont pas moins idéologiques : ce sont autant de projets d'agir sur le réel, pour paraphraser G. Duby et en suivant les travaux d'A. Guerreau-Jalabert. Le fait est que ces textes surgissent à un moment clé de réorganisation du social : l'histoire de la communauté textuelle des laïcs, de sa pensée, de l'émergence de son identité sociale, ne peut faire l'économie de l'analyse de tels documents. Mes recherches, dans cette perspective, s'inscrivent dans la problématique du « défi laïc » proposée par C. Koenig-Pralong et R. Imbach il y a quelques années, mais en l'ouvrant en amont, en remontant à une date plus précoce. Cette problématique d'une identité sociale qui serait ciselée en période de polemical literature et au travers de conflits réels ou idéels n'a au fond rien que de très banal sauf qu'en ce cas, elle concerne une identité et une pensée laïques et des textes dont on doit certes respecter et cerner la spécificité, mais sans les extraire a priori du continuum des productions de la période. D'où ma collaboration constante avec des chercheurs du LaMOP spécialistes d'autres types de sources et de ces problématiques !

 

Maître de Conférences en Langues et Littératures médiévales à l'Université Bordeaux Montaigne


 

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