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LaMOP » Documentation et Ressources » Publications du LaMOP » Cahiers électroniques d’histoire textuelle du LAMOP (CEHTL) » CEHTL, 8 (2015)

Genre textuel, genre social

 

 

Cahiers électroniques d’histoire textuelle

du LaMOP

 

8 / 2015

 

 

Les études du genre dans le champ des Medieval Studies ont longtemps été marquées, depuis leurs débuts dans les années 1970, par une étroite collaboration entre les chercheurs littéraires et les historiens. Dans la continuité du travail de l’histoire des femmes, on mesurait l’importance des conceptions théologiques, philosophiques, juridiques ou médicales de la différence des sexes dans la pratique sociale autant que dans les textes littéraires. Ce désir d’analyser à la fois l’idéologie et les pratiques a été maintenu lorsque les études du genre ont commencé à se pencher sur les hommes et les « masculinités » aussi, à partir des années 1990. Toutefois, depuis la fin du XXe siècle, de telles approches interdisciplinaires ont souvent été remises en question : d’un côté, par un retour en quelque sorte derrière les barricades des approches socio-historiques, de l’autre, des approches littéraires ou culturelles. L’histoire du genre, lorsqu’elle se concentre sur des cas spécifiques, a eu souvent tendance à souligner les limites d’une approche centrée sur l’idéologie. Des veuves qui reprenaient l’atelier de leur mari défunt jusqu’aux femmes nobles et aux reines qui exerçaient un pouvoir réel malgré l’idéologie qui les auraient exclues, on voyait des femmes qui avaient des véritables possibilités d’action, du véritable agency. Les hommes d’église, les bourgeois ou des paysans n’étaient finalement pas si contraints, peut-être, par les valeurs masculines les plus évidentes de la culture médiévale, qui s’appliqueraient surtout à la noblesse. En même temps, certains chercheurs littéraires ont souligné la réalité indépendante de l’histoire culturelle, des œuvres littéraires et de la langue, trouvant que des analyses socio-historiques des textes littéraires (en termes de gender entre autres) risquaient d’être aussi réductrices que des approches naïvement matérialistes caractéristiques de certaines lectures marxisantes. Et si l’idéologie genrée existait simplement dans un autre monde, un monde textuel sur lequel les historiens de la société n’auraient pas besoin de trop s’attarder ?
Cette journée d’études a tenté d’aller à contre-courant de ces mouvements anti-interdisciplinaires en réunissant des chercheurs, qu’ils soient historiens de la société ou littéraires, qui essaient de développer des méthodes permettant de naviguer entre normes, discours et pratiques sans réduire les uns à des simples fonctions des autres. En particulier, cette journée réunit des chercheurs, travaillant en France et au Royaume-Uni, qui tentent de trouver d’autres moyens d’allier le genre (et le gender) textuel au genre social, et ce de deux manières principales : en étudiant comment les pratiques peuvent incarner également des idéologies ; et en considérant le discours genré, ni comme un code extérieur à la société, ni comme une simple représentation de la vie sociale, mais comme un ensemble de pratiques sociales parmi d’autres.

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From the moment the concept of gender began to emerge as an important theme in medieval studies in the 1970s, its application has been marked by close collaboration between historians and literary scholars. A central concern from early on, part of the inheritance of women’s history, was to consider the importance or otherwise of theological, philosophical, legal or medical conceptions of sexual difference as much in social practice as in literary texts. The desire to analyse ideology and practice simultaneously was still very much present when gender studies started to consider men and masculinities in the 1990s. Since the end of the twentieth century, however, such interdisciplinary approaches have come under pressure from both sides of conventional disciplinary boundaries, from researchers who favour either socio-historical or literary and cultural approaches. The history of gender, when it had considered to specific cases in detail, has tended to underline the limitations of an approach centred on ideology. From the widows who took over the workshop of their husband to the noble women and queens who exercised political power despite their theoretical exclusion from legitimate government, historians have pointed to women who had real possibilities of action and real ‘agency’. In the case of men and masculinities, it might be argued that churchmen, townsmen and peasants were not perhaps as constrained by the most explicit dictates of medieval manhood, which applied most clearly to the nobility. At the same time, literary scholars, after a time in which ‘new historicist’ approaches were dominant, increasingly underline the independent realities of cultural history, of literary works and of language, considering that socio-historical interpretations (in terms of gender amongst other things) might be seen to be as reductive as the naïvely materialist readings of earlier Marxian critics. What if gendered ideology simply existed in another sphere, a textual sphere which social historians could safely leave to literary scholars?
This workshop aimed to counter some of these anti-interdisciplinary movements by bringing together researchers, both social historians and literary scholars, who pursue methodologies which make it possible to find our way amongst norms, discourses and practices without reducing any one of them to a simple function of the others. In particular, this workshop brought together scholars based in France and in the UK who follow approaches which bring together social and textual gender, and this in two main ways: by studying how practices can also embody ideologies; and by understanding gendered discourse neither as a code exterior to society, nor as a simple representation of social life, but as one ensemble of social practices amongst many.