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Statuts, écritures et pratiques sociales dans les sociétés de la Méditerranée occidentale à la fin du Moyen Âge (XIIe-XVe siècles) (2012-2016)

 

Porteurs : Philippe Bernardi, Laurent Feller, Didier Lett

Participants du Lamop : Étienne Anheim (associé), Valérie Theis (associé), Pierre Chastang (associé)

Autres participants : Nicolas Leroy (Université de Nîmes), Judicaël Petrowiste (Université Paris-Diderot)

 

Argumentaire: Entre le XIIe et le XVe siècle, les communautés médiévales ont livré une documentation abondante et variée : statuts communaux, délibérations communales, ordonnances urbaines, criées, documents comptables, fiscaux et judiciaires, actes notariés, etc. Cette documentation a déjà été largement exploitée par les historiens, soit, de manière conjointe, dans le cadre de monographies locales ou régionales soit, de manière séparée, sur un thème spécifique concernant la vie d’une ou de plusieurs communautés. L’intérêt des historiens italiens pour les statuts communaux est connu depuis longtemps. Des travaux importants ont vu le jour sur les statuts du Centre et du Nord de l’Italie à la fin du Moyen Âge qui ont permis de nouvelles éditions de statuti d’excellente qualité, en particulier pour la Toscane et l’Ombrie, et des études collectives sur des thèmes particuliers. Concernant les statuts communaux, d’autres espaces ont été également éclairés, comme le Nord de l’Espagne, quelques villes d’Empire, la Castille, le Nord du royaume de France et aussi le sud de la France. Ces statuts n’ont pas seulement été produits par les communes mais émanent également du pouvoir comtal ou royal ou encore des communautés professionnelles.

Parallèlement à cette avancée d’éditions et de travaux sur les statuts, les actes notariés ou de for privé ont continué à être exploités pour éclairer l’histoire des comportements (vie familiale, mariage, dot, mort, etc). De même, un ensemble de travaux a porté sur la justice et l’infrajudiciaire, utilisant les comptes-rendus de procès (registres de la justice du podestat ou du Capitaine du peuple, registres d’informations des villes du Midi de la France, etc) si nombreux dans les archives communales. Plus récemment, on a aussi travaillé sur les délibérations municipales (Riformanze, reformationes, consilia) pour éclairer la vie quotidienne des communes, même si, en ce domaine, le travail d’édition reste très largement inférieur à celui des statuts. Pour de nombreux historiens et historiens du droit, les textes statutaires représenteraient une norme plus ou moins rigide à laquelle le notaire, le juge, le podestat ou le prieur en exercice, se référerait dans sa pratique quotidienne. Face à cette « source normative », les actes notariés, les procédures inquisitoires et les sentences rendues par les tribunaux communaux ainsi que les délibérations des conseils municipaux représenteraient des « actes de la pratique », plus proches de la « réalité » que les statuts. On aurait ainsi, d’un côté, des normes qui auraient pour fonction de proposer des cadres et de l’autre, les pratiques des acteurs qui contourneraient, manipuleraient cette norme connue.

Notre projet de recherche se propose de remettre en question ce découpage et d’essayer de voir dans quelle mesure les sources statutaires, centrées sur des usages locaux, profondément ancrées dans un territoire, ne donneraient pas, elles aussi, accès à une forme de connaissance des pratiques, au plus proche des acteurs. Dans un contexte d’inflation documentaire et de circulation accrue de l’écrit, nous pensons que l’approche typologique (non seulement celle qui trace une délimitation stricte entre normes et pratiques mais aussi celle qui est admise à l’intérieur même de ces deux grandes catégories) déterminée par des catégories principalement juridiques sur laquelle nous nous appuyons traditionnellement n’est pas pertinente. Or, cette conception est à l’origine de la très grande majorité des travaux d’édition qui, pensons-nous, applique une norme typologique qui ne tient nullement compte de la genèse des textes, voire de leur statut exact (dénomination, contexte matériel de conservation, qu’il s’agisse de livres ou de séries d’archives, etc).

Si l’on inverse la perspective et que l’on part du flux documentaire, des pratiques et des chaînes d’écritures, on peut réinterroger de manière différente le rapport entre normes et pratiques dans les processus d’écriture institutionnels. Nous considérons en effet les documents non comme un point de départ mais comme le résultat d’un lent processus de production qui doit, lui aussi, être pris en compte et étudié. Le développement de la « nouvelle érudition » nous a fait comprendre que les médiations notariales agissent de manière très forte sur tous les types de documents. Si l’on considère que tout document est un filtre (la seule réalité historique qu’il nous reste) entre ce qui s’est passé et ce que l’historien tente de présentifier, il est clair qu’un acte notarié, l’argument d’un représentant de quartier avancé lors d’une délibération communale ou la parole d’un témoin dans le cadre d’une inquisitio, ne sont pas plus proches de la réalité que les statuts communaux.

Il nous semble que l’un des meilleurs angles d’attaque pour faire voler en éclat cette opposition consisterait, dans une optique de micro-histoire, à confronter systématiquement, sur un thème spécifique, la production et l’usage de ces divers types de documentation : les statuts, les riformanze, les actes notariés et les procès. La grille de lecture que nous proposons ne cherche pas à reconstruire des cadres généraux et structurels mais propose une démarche empirique à l’échelle locale. In fine, le but de l’enquête proposée est de montrer les liens entre la distribution typologique de la documentation et l’histoire des pratiques sociales et, partant, de démontrer la porosité de ces types de documentation et de remettre en cause les oppositions trop brutales entre normes et pratiques et les associations trop mécaniques entre certaines source